Mais la, comme il descendait de cheval a la porte du Franc Meunier
sans que personne, hote, garcon ou palefrenier, fut venu prendre
l'etrier au montoir, d'Artagnan avisa a une fenetre entrouverte du
rez-de-chaussee un gentilhomme de belle taille et de haute mine,
quoique au visage legerement renfrogne, lequel causait avec deux
personnes qui paraissaient l'ecouter avec deference. D'Artagnan
crut tout naturellement, selon son habitude, etre l'objet de la
conversation et ecouta. Cette fois, d'Artagnan ne s'etait trompe
qu'a moitie: ce n'etait pas de lui qu'il etait question, mais de
son cheval. Le gentilhomme paraissait enumerer a ses auditeurs
toutes ses qualites, et comme, ainsi que je l'ai dit, les
auditeurs paraissaient avoir une grande deference pour le
narrateur, ils eclataient de rire a tout moment. Or, comme un
demi-sourire suffisait pour eveiller l'irascibilite du jeune
homme, on comprend quel effet produisit sur lui tant de bruyante
hilarite.
Cependant d'Artagnan voulut d'abord se rendre compte de la
physionomie de l'impertinent qui se moquait de lui. Il fixa son
regard fier sur l'etranger et reconnut un homme de quarante a
quarante-cinq ans, aux yeux noirs et percants, au teint pale, au
nez fortement accentue, a la moustache noire et parfaitement
taillee; il etait vetu d'un pourpoint et d'un haut-de-chausses
violet avec des aiguillettes de meme couleur, sans aucun ornement
que les creves habituels par lesquels passait la chemise. Ce haut-
de-chausses et ce pourpoint, quoique neufs, paraissaient froisses
comme des habits de voyage longtemps renfermes dans un
portemanteau. D'Artagnan fit toutes ces remarques avec la rapidite
de l'observateur le plus minutieux, et sans doute par un sentiment
instinctif qui lui disait que cet inconnu devait avoir une grande
influence sur sa vie a venir.
Or, comme au moment ou d'Artagnan fixait son regard sur le
gentilhomme au pourpoint violet, le gentilhomme faisait a
l'endroit du bidet bearnais une de ses plus savantes et de ses
plus profondes demonstrations, ses deux auditeurs eclaterent de
rire, et lui-meme laissa visiblement, contre son habitude, errer,
si l'on peut parler ainsi, un pale sourire sur son visage. Cette
fois, il n'y avait plus de doute, d'Artagnan etait reellement
insulte. Aussi, plein de cette conviction, enfonca-t-il son beret
sur ses yeux, et, tachant de copier quelques-uns des airs de cour
qu'il avait surpris en Gascogne chez des seigneurs en voyage, il
s'avanca, une main sur la garde de son epee et l'autre appuyee sur
la hanche. Malheureusement, au fur et a mesure qu'il avancait, la
colere l'aveuglant de plus en plus, au lieu du discours digne et
hautain qu'il avait prepare pour formuler sa provocation, il ne
trouva plus au bout de sa langue qu'une personnalite grossiere
qu'il accompagna d'un geste furieux.
«Eh! Monsieur, s'ecria-t-il, monsieur, qui vous cachez derriere ce
volet! oui, vous, dites-moi donc un peu de quoi vous riez, et nous
rirons ensemble.
... Их — справедливо или не очень — нарекут романтиками, а их страстные поиски утраченной гармонии между человеком и природой — робинзонадой. Она то и составит значимую часть того, что на языке историков литературы именуется путевой прозой.
Лежащая перед читателем книга — из этого ряда, но история ее создания, как, впрочем, и вся судьба ее автора, не совсем обычна.
Сегодня, спустя четверть века после кончины, Генри Миллер (1891 — 1980) почти безоговорочно признан классиком американской прозы, главой ее экспериментального направления и одним из духовных отцов всей нонконформистской культуры США — от школы «черного юмора» до так называемого нового журнализма, во многом предвосхитивших траекторию модернистских и постмодернистских художественных исканий. «Влияние Миллера велико, — с полным основанием пишет в этой связи один из ведущих американских прозаиков Норман Мейлер. — Тридцать лет назад молодые писатели учились своему ремеслу по его книгам наравне с книгами Хемингуэя и Фолкнера, Вулфа и Фицджеральда. Может быть, ни один американский писатель двадцатого века, за исключением Хемингуэя, не оказал такого влияния на американскую, да и не только американскую литературу» ...